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Arret du processus electoral- avenement du Haut comite d'Etat

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Sitot assure de l'intention de demission du president de la
Republique, il fallut s'attacher, sous le regime de l'extreme urgence, a la
mise au point du train de mesures visant le maintien et le fonctionnement des
institutions publiques, la preservation de l'ordre et de la securite et le
deroulement normal des activites de la vie nationale. Ce fut une semaine
d'une extreme intensite, aggravee par le compte a rebours du deuxieme tour qui
se rapprochait exacerbe par une campagne electorale haineuse et vindicative du
FIS. Une fois le principe de la demission du president acquis, le ministre de
la Defense nationale et ses principaux collaborateurs eurent a debattre de la
meilleure issue a cette situation.

Deux options se degagerent :

- soit l'instauration. d'un etat d'exception avec prise de pouvoir
directe par l'armee,

- soit envisager une formule transitoire a travers une suppleance
collegiale a predominance civile.

La premiere fut ecartee car elle risquait de replonger le pays dans le
systeme ancien alors que nous etions convaincus de l'imperieuse necessite de
consolider le systeme politique pluraliste. C'est pourquoi la. deuxieme, fut
retenue car elle pouvait mener au point de non retour vers la democratie et le
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pluralisme.
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Ce fut a un groupe constitue d'officiers cle l'Armee et de quelques
membres du gouvemement qu'echut le soin de presenter des propositions dans ce
sens. L'accomplissement de cette tache delicate et salutaire fut assumee avec
devouement et un sens eleve du devoir par les uns et les autres.

C'est a cette occasion que des formules diverses avaient ete imaginees
pour suppleer a la vacance des pouvoirs du president de la Republique.

Ceux qui soutiennent encore que l'interimat devait
constitutionnellement revenir au president de l'Assemblee populaire nationale,
ceux-la sont oublieux des evenements juridiques vecus a l'Assemblee et font
volontairement fi de la fin du mandat de cette instituition, proclamee
solennellement dans son enceinte meme en seance officielle et publique et en
presence du chef du gouvernement. Le decret de dissolution pris
posterieurement a la cloture de la legistature n'est du qu'a une initiative du
secretaire general de la Presidence qui considerait surement cela comme un
acte administratif subsequent a la fin de mandat.

Une fois connues, les conclusions du Conseil constitutionnel quant a
la double vacance des pouvoirs du president de la Republique et du president
de l'Assemblee populaire nationale, lesquelles conclusions consideraient que
l'interimat ne pouvait etre assure legalement par le president du Conseil
coristitutionnel et recommandaient une suppleance de cette vacance par les
autorites composant le Haut Conseil de securite elargi au president de la Cour
supreme. Le Haut Conseil de securite se reunit donc et, apres debats, proclama
l'arret du processus electoral.

C'est a l'issue des sceances du groupe de travail que la formule du
Haut comite d'Etat fut retenue. Une fois connue, l'instance de suppleance du
president de la Republique, il me fut conseille par un de mes proches
collaborateurs d'envisager le recours a Mohamed Boudiaf pour la presidence du
Haut comite d'Etat.

Agreablement surpris par l'idee, j'ai tout de meme laisse percevoir
des scrupules d'avoir a impliquer ce grand personnage de la Revolution en des
circonstances aussi difficiles et douloureuses alors qu'il avait ete tenu a
l'ecart depuis le recouvrement de l'independance. Ce ne fut que dans la nuit
du 08 janvier 1992 et a mon domicile que le general Touati fut reçu en sa
quatite de conseiller, accompagne des ministres Ali Haroun et Aboubakr
Belkaid. La me fut renouvelee la proposition de faire appel a Mohamed Boudiaf.
Mon adhesion fut alors cette fois instantanee et Ali Haroun se vit confier la
tache de le solliciter pour cela, des le lendemain.

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Arrivee de Mohamed Boudiaf

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Ayant donne son accord de principe a Ali Haroun pour une visite
prealable en Algerie devant intervenir le 12 janvier pour se prononcer
definitivement, Mohamed Boudiaf se ravisa le 11 janvier. Cette hesitation fut
de courte duree car le lendemain la ministre de la Defense nationale reçut son
appel alors qu'il etait en reunion du Haut Conseil de securite et la Boudiaf
lui dit : "L'Algerie est en danger, demain je serai a Alger!".

Ce fut un grand soulagement pour les autorites militaires et
gouvernementales. Le lendemain, effectivement Mohamed Boudiaf put tenir des
rencontres et avoir des entretiens avec des personnalites de son choix apres
qu'un avion special lui fut depeche.

Avant son retour a Kenitra, il confirma sans aucune reticence son
engagement plein et entier a presider le Haut comite d'Etat. Son retour
officiel se fit le 16 janvier apres que, dans l'interval!e, une proclamation
du Haut Conseil de securite eut officiellement instaure le Haut comite d'Etat
comme instance de suppleance du President de la Republique avec les
prerogatives constitutionelles reconnues a ce dernier et jusqu'a epuisement de
la duree du mandat en cours.

Alors que les jeunes generations n'affichaient qu'une curiosite
sceptique a l'endroit de Boudiaf, des foyers occultes de l'opposition
tenterent d'associer a son image celle d'un vieillard dephase, ramene dans la
fourgon des forces retrogrades.

Le FIS ne s'embarrassa pas de precautions, il l'accusa urbi et orbi
d'agent de la franc-maçonnerie internationale.

Tel un sphinx imperturbable, Boudiaf n'eut cure de cette
gesticulation. Sa celebre formule "Je n'ai pas de pouvoir a partager" apres
"la main tendue" pour sortir le pays de la crise revelait tout son temperament
et son patriotisme inaltere et genereux et donna de lui l'image d'un homme
d''Etat a la hauteur des evenements.

Par ses convictions evidentes, son courage lucide et la simplicite de
ses rapports, Boudiaf ne tarda pas a eveiller l'interet d'un grand nombre. A
l'expectative des premiers jours, fit place de plus en plus une adhesion
encourageante. Son etonnante capacite de travail et son sens moral de la vie
politique, se confondant chez lui avec la morale de tous les jours, lui valut
outre le respect et la collaboration loyale des membres du Haut Comite d'Etat,
la confiance d'un grand nombre de responsables d'institutions publiques, de
representants de la societe civile et de certains leaders de la classe
politique.

L'annonce de son programme politique autour des energies patriotiques
pour un avenir de liberte et de progres dans la fidelite aux valeurs
ancestrales nationales, où la jeunesse etait appelee a conquerir une place
privilegiee plutot que de I'attendre passivement, provoqua incontestablement
un declic prometteur. Avec Boudiaf a sa tete, une dynamique nouvelle venait
de s'ebranler lorsque survint la tragedie d'Annaba. On ne saura jamais
traduire l'incidence morale, de cette tragedie sur ses compagnons du Haut
Comite d'Etat et sur ses proches collaborateurs.

Au plan politique, ce un veritable cataclysme. Son assassinat et les
circonstances où il fut perpetre ont failli plonger le pays dans le chaos.
Ceux qui, dans l'opposition legale, affichaient un profil bas, ne s'aventurant
qu'a des murmures de contestation, verserent depuis sa mort dans une
contestation sans retenue, pointant un doigt accusateur sur les autorites en
place.

Ceci resultait autant de manipulations politiciennes meprisables que
d'un desir de profanation de sa memoire et de son action.

Seules des obseques nationales et populaires pouvaient etre a la
hauteur de l'abnegation qui l'a caracterise sa vie durant.

La foule innombrable, composee a grande majorite de jeunes, venue pour
son dernier adieu fit entrer le President Mohamed Boudiaf dans le meilleur des
pantheons: celui des coeurs.

Ironie de l'histoire, ce fut un membre de l'Armee nationale populaire,
armee pour qui Boudiaf eprouvait de la consideration, qui mit fin a sa vie, en
plein elan et essor politique. Mohamed Boudiaf, apres qu'il ait pris
connaissance durant trois jours d'un documentaire de presentation de l'Armee,
me confia : "Nous avons la une grande armee, bien structuree et bien
encadree. je ne comprends pas le cas des desertions signalees." (A l'epoque,
le nombre avosinait une vingtaine). Je lui fis part de mon point de vue de
ministre de la Defense nationale, averti de la composante populaire de
l'armee, exposee autant que les autres corps de l'Etat aux idees et au
desarroi ambiants.

En depit de ce qui fut distille comme desinformation visant a semer le
doute sur l'institution militaire de par l'appartenance a ses rangs de
l'assassin de Boudiaf, l'arrestation de ce dernier, sa protection constante y
compris lors de la tentative d'evasion de Serkadji, et enfin sa presentation a
un proces public devant une juridiction civile, sont, autant de gages que la
felonie d'un sous-lieutenant ne saurait entacher en rien la loyaute de toute
une armee.


L'Armee a admirablement justifie la confiance placee en elle,
confiance jamais dementie a ce jour, grace a sa rectitude vis-a-vis du devoir
et a sa fidelite a la Nation ; le sens de la discipline dont elle a fait
montre dans son engagement, pour le retablissement de l'ordre n'est autre que
la reflet de son discernement. Cette Armee, produit des efforts et du labeur
de plusieurs d'entre nous, j'ai eu l'honneur de la diriger avec fierte et de
la representer avec scrupules; je tiens ici a rendre un homage souligne a tous
ses personnels, en apportant le temoignage que, devant les dangers menaçant le
pays, notre reconfort et notre serenite venaient de sa loyaute et de sa
disponibilite.

Ma pensee aujourd'hui va vers ceux qui sont tombes au champ d'honneur,
victirnes du devoir. La Patrie devra leur etre a jamais reconnaissante. C'est
cette loyaute et cette rectitude qui l'ont toujours caracterisee qui ont rendu
vaines et pueriles les tentatives de destabilisation orchestrees par ceux-la
memes qui se croyaient voues a un destin national.

Que ceux qui trouvent curieux et etrange que des militaires, de retour
de La Mecque, se targuent d'avoir accompli le devoir de pelerinage et que ceux
qui s'etonnant de la presence de salles de priere au sein des casernes, que
ceux-la ne perdent pas de vue que l'Armee algerienne est issue d'un peuple
musulman et que sa composante humaine est musulmane. Ceci, loin de susciter
l'inquietude, constitue bien au contraire une assurance et une source de
reconfort pour les autorites militaires.

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Le Haut Comite d'Etat.

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Boudiaf disparu, son programme politique etait voue a l'echec sans son
charisme, ,sans sa capacite de mobilisation et le capital de confiance dont il
jouissait. A l'inverse, ses collegues du Haut Comite d'Etat, en depit des
merites et des qualites personnels des uns et des autres, etaient sujets a une
defiance que certains milieux politiques s'employerent a cultiver. Si, pour
Boudiaf, il ne pouvait y avoir un quelconque dialogue pour un "partage du
pouvoir", pour ses successeursi soucieux de preserver les structures physiques
de l'Etat, un dialogue, dans le respect des lois de la Republique et excluant
tous ceux qui pronent la violence, s'averait une necessite. La lutte contre le
terrorisme devait continuer sans desemparer.

C'etait compter sans l'eternel jeu politicien d'une bonne partie de la
classe politique et si le Haut Comite d'Etat reussit a tenir ses engagements
et a etre fidele a la proclamation du 14 janvier 1992, C'est grace a
l'emergence et a l'engagement resolu de la societe civile autour des
organisations nationales avec a leur tete l'Union generale des travailleurs
algeriens, et du mouvement associatif. Elle s'investit dans la tenue d'une
conference nationale debouchant sur une plate-forme consensuelle pronent la
restauration de l'ordre public et de la securite.

La restructuration de l'economie nationale et le retour au processus
electoral par la voie du dialogue et de la concertation, dans le respect des
fonctions souveraines de l'Etat, etaient egalement des recommandations de
cette plate-forme.

C'est ainsi qu'une presidence de l'Etat avait ete prevue pour succeder
au Haut Comite d'Etat. Auparavant, le Haut Comite d'Etat avait pris soin de
trancher sur une question cruciale longuement debattue apres avoir ete souvent
differee. Il s'agissait a l'issue d'une seminaire prevu et tenu a cet effet,
de prendre option sur l'economie de marche et ses aspects subsidiaires.
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Telles sont les informations que j'ai estime devoir livrer pour
eclairer l'opinion publique sur des evenements majeurs et les circonstances
graves qui ont marque l'actualite nationale ces dernieres annees.


Bien sur, c'eux qui ont fait voeu de scepticisme a l'endroit du
"pouvoir" prefereront etre edifies a d'autres sources.

Quant a son origine, la crise a laquelle a ete expose notre pays
semble prendre egalement sa source dans les transformations et les mutations
de tous ordres qu'a connues notre societe. Pareille epreuve qui aurait ete
certainement fatale a nombre de systemes politiques fut, pour le genie
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algerien, l'occasion de se cristaliser et de secreter sa propre force pour une
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voie de survie et d'epanouissement autour des energies et des volontes
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disponibles, riches et diverses presentes sur le scene sociale et politique.
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Du rapport de l'Armee et du pouvoir.

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En verite, s'il est incontestable que la question de l'acces au
pouvoir de certaines equipes a ete favorise par leur passe militaire, il n'en
demeure pas moins que l'Armee en tant qu'institution y eut plus a patir qu'a
gagner. En fait, ces equipes, une fois au pouvoir, n'ont eu de cesse que de
la tenir eloignee de toute influence sur le cours politique des choses. Si
parfois, il arriva que l'on se prevale du poids moral de l'Armee, ce ne fut
que pour se depetrer de problemes "internes" epineux et dans ce cas-la, le
point de vue de l'Armee se reduisait a celui de quelques cadres choisis et
consultes pour les besoins de la cause.

Quant aux questions proprement militaires, elles furent longtemps
delaissees au point de n'etre abordees que sous 1'urgence de crises graves.

Par ailleurs, et dans cet ordre d'idees, si du temps du president
Boumediene, il n'y eut nulle confusion entre les instances du pouvoir et les
autres structures, depuis sa mort, l'on vit la primaute du parti erigee en
dogme intangible du pouvoir au point que les questions de politique du niveau
local ou national relevaient en dernier ressort des seules instances du parti.

Nul doute que l'Etat et les institutions sortiront renforces et
probablement avec plus de capacites, une fois la crise resorbee. Si du temps
des annees fastes, les candidatures aux postes ministeriels et a ceux des
pouvoirs publics, notamment a hauteur des municipalites, etaient legion,
pendant la bourrasque, seuls les hommes les plus sincerement devoues y
consentirent. Leur engagement est d'autant plus meritoire qu'il se faisait en
connaissance des dangers encourus, avertis qu'ils etaient aussi du peu
d'egards qui parfois helas ! avait ete reserve a leurs predecesseurs.

Pour certains, et c'est tout a leur honneur, accepter un poste de
responsabilite en ces circonstances, c'etait "monter au maquis une deuxieme
fois". La construction de la democratie est et sera a la hauteur de tels
engagements.

Apres la prise de conscience de la souverainete nationale survenue en
1962, une conscience collective du droit a la liberte a emerge chez le citoyen
algerien. Ceci doit etre irreversible et doit constituer la voie de
l'epanouissement et de l'essor. C'est par cette conquete que sera parachevee
la Revolution de Novembre. Quant au pluralisme democratique, il ne devra pas
se reduire au "volet politique" et devra proscrire necessairement la violence
ainsi que toute ideologie qui s'en inspire.

Certes viendra un jour le moment de panser les blessures mais i1 ne
saurait y avoir de plaies guerissables sans l'aveu et le repentir des auteurs
des exactions et des abominations commises contre le peuple et l'Etat, et sans
une decision judiciaire protectrice contre les ressentiments. Si l'attitude
hautement meritoire de l'Armee a ete relevee par l'ensemble des medias, on ne
peut omettre de souligner egalement combien les attitudes et les comportements
de courage, de lutte et d'abnegation des differents corps de la societe et des
milieux populaires ont ete precieux et encourageants dans l'accomplissement de
la mission de l'Armee Nationale Populaire et des forces de securite en
general.

Cet hommage merite va aussi aux pionniers de la presse, aux serviteurs
anonymes des corps de la Fonction publique et des entreprises ainsi qu'aux
femmes algeriennes pour leur combat admirable et exemplaire. Cette lourde
epreuve a montre aussi combien est encore vivace la patriotisme chez notre
jeunesse qui, a l'exemple de ses aines Moudjahidine, n'a pas hesite a
s'assumer pour le bien de son pays.

Des jeunes de toutes origines sociales ont largement repondu, avec un
esprit de responsabilite remarquable, au besoin de preservation de l'ordre
public ou de defense nationale, a l'echelle de leur commune d'origine ou dans
les rangs du service national. Ce sont la les signes evidents d'un retour
ineluctable a la stabilite et a la reprise de l'essor national.

Il incombe a la classe politique, maintenant que les mythes se sont
effondres, de ne pas manquer celte fois-ci ce rendez-vous de l'histoire et de
rompre desormais avec les combats steriles d'arriere-garde.

Pour ma part, nulle PAX ROMANA ne peut se concevoir pour notre pays.
Seule prevaudra, en Algerie, la paix recherchee et voulue par l'Etat et la
Communaute nationale.

K.N.

(*) GENERAL-MAJOR EN RETRAITE
ANCIEN MINISTRE DE LA DEFENSE
NATIONALE

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